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Une coalition de sept groupes se forme alors que les fronts de violence s’étendent en Éthiopie

Sept groupes armés et politiques éthiopiens ont annoncé la formation d’une coalition visant à renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed et à instaurer une administration de transition, alors que les combats se multiplient en Oromia et en Amhara et que les tensions reprennent au Tigré. Cette annonce intervient après des violences à Gambela, qui ont fait 12 morts et conduit un centre de santé à accueillir 88 blessés et personnes affectées.

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Une foule se rassemble dans une rue en plein soleil, certaines personnes portant des masques et une personne tenant un parapluie. Des camions et des bâtiments urbains sont visibles à l’arrière-plan.

Sept groupes armés et politiques éthiopiens ont annoncé dimanche la formation d’une nouvelle coalition visant à renverser le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed et à instaurer une administration de transition inclusive, alors que les troubles sécuritaires s’étendent de Gambela, près de la frontière avec le Soudan du Sud, aux fronts de l’Oromia et de l’Amhara, parallèlement au retour des tensions dans la région du Tigré en 2026.

Les violences à Gambela précèdent l’annonce de la coalition

88
مصاباً ومتضرراً استقبلهم المركز الصحي

L’annonce de la coalition intervient après des violences survenues dans la région de Gambela le 18 septembre, qui ont fait 12 morts et des dizaines de blessés. Médecins sans frontières a indiqué que son centre de santé de Kule avait accueilli 88 blessés et personnes affectées, précisant que huit d’entre eux étaient morts avant leur arrivée et que quatre autres étaient décédés à leur arrivée au centre.

L’identité de l’entité responsable du déclenchement des affrontements à Gambela n’a pas été établie. Ces violences constituent le dernier épisode d’une série de troubles sécuritaires répartis dans plusieurs régions éthiopiennes. La région est particulièrement sensible en raison de sa proximité avec le Soudan du Sud, de sa composition démographique et de l’accueil de plus de 400 000 réfugiés, pour la plupart originaires du Soudan du Sud.

Gambela est depuis plusieurs années le théâtre d’affrontements entre groupes locaux, sur fond de différends communautaires et de concurrence pour l’accès aux terres et aux ressources. Un rapport publié par l’Institut Rift Valley en 2025 a lié l’intensification du conflit dans la région à la compétition pour les ressources économiques, ainsi qu’à l’impact de l’afflux de réfugiés sur les équilibres locaux existants.

Les fronts de l’Oromia et de l’Amhara accentuent les pressions

Les affrontements en Éthiopie ne se limitent pas à Gambela. En Oromia, les forces gouvernementales sont en conflit avec l’Armée de libération oromo depuis 2018. Dans la région de l’Amhara, le groupe armé Fano est engagé dans un affrontement avec le gouvernement fédéral depuis 2023, ajoutant un autre front à une situation sécuritaire marquée par la multiplicité et l’ancienneté des conflits.

Alors que les affrontements se poursuivent en Oromia et en Amhara, que les tensions persistent à Gambela et que les inquiétudes sécuritaires réapparaissent au Tigré, des groupes aux profils politiques et militaires différents cherchent à établir un cadre commun pour affronter le gouvernement central. La formation de la coalition de sept groupes ouvre à ces conflits dispersés une nouvelle possibilité de coordination, après avoir longtemps évolué sur des fronts séparés et avec des objectifs locaux divergents.

Sept groupes rejoignent le nouveau cadre

La coalition regroupe le Front de libération du peuple du Tigré, le Mouvement national Fano en Amhara et l’Armée de libération oromo, ainsi que quatre groupes plus petits: le Front de libération du peuple de l’Ogaden, le Front de l’unité démocratique révolutionnaire afar, le Mouvement de libération des peuples de Benishangul et le Mouvement démocratique des peuples gumuz.

L’importance de cette nouvelle formation tient au fait qu’elle réunit, pour la première fois, des forces issues du Tigré, de l’Amhara, de l’Oromia et d’autres régions éthiopiennes au sein d’un même cadre politique, malgré leurs trajectoires, leurs revendications et leurs expériences différentes du conflit. Ces groupes ont été engagés dans des affrontements distincts et certains d’entre eux se sont même retrouvés par le passé dans un camp opposé à des forces avec lesquelles ils sont aujourd’hui alliés.

Les groupes participants ont déclaré que la coalition visait à établir un gouvernement de transition et à élaborer une charte couvrant les questions sécuritaires, humanitaires, économiques et politiques. Toutefois, l’annonce de ces objectifs ne signifie pas que les sept groupes sont devenus une force militaire unifiée: chacun conserve son propre agenda, ses revendications et son contexte local, différents de ceux des autres parties.

La guerre au Tigré révèle les contradictions de la coalition émergente

Les contradictions entre les composantes de la coalition apparaissent clairement dans le contexte de la guerre au Tigré, déclenchée en novembre 2020 entre le gouvernement fédéral et les forces du Front de libération du peuple du Tigré. Cette guerre s’inscrivait dans un conflit plus large pour le pouvoir au sein du système fédéral éthiopien fondé sur l’appartenance ethnique.

Pendant des décennies, le Front de libération du peuple du Tigré a été la force dominante de la coalition au pouvoir en Éthiopie, avant l’arrivée d’Abiy Ahmed au pouvoir en 2018. Après deux années de combats, la guerre s’est achevée par un accord de cessation des hostilités, signé à Pretoria en novembre 2022 sous l’égide de l’Union africaine.

L’accord de Pretoria n’a toutefois pas réglé toutes les questions en suspens entre les parties, notamment celles relatives aux territoires, aux arrangements sécuritaires et au statut politique du Front de libération du peuple du Tigré. Avec le retour des tensions dans la région en 2026, les craintes d’une reprise des combats se sont intensifiées, parallèlement à la poursuite des conflits armés dans d’autres régions.

Pendant la guerre au Tigré, Fano se trouvait dans le camp opposé au Front, combattant aux côtés des forces fédérales et érythréennes contre les forces du Tigré. La situation a toutefois changé après la fin de la guerre, et Fano s’est à son tour engagé dans un conflit armé avec le gouvernement fédéral dans la région de l’Amhara depuis 2023. Le conflit entre Fano et le gouvernement a commencé après des mesures prises par les autorités pour réorganiser les forces spéciales régionales.

Le groupe qui avait soutenu les forces fédérales pendant la guerre au Tigré est ainsi devenu membre d’une coalition comprenant son ancien adversaire, le Front de libération du peuple du Tigré, dans le but de coordonner les positions contre le gouvernement central. Cette évolution illustre la principale contradiction de la nouvelle coalition: des forces qui ont mené des guerres différentes et appartenu par le passé à des camps opposés tentent de bâtir une base commune.

La formation de ce cadre politique ne constitue toutefois pas en soi la preuve que ses membres ont surmonté leurs différends historiques ou locaux, ni qu’ils sont capables d’unifier leurs structures et leurs opérations sur le terrain. Ces développements placent l’Éthiopie face à une carte sécuritaire qui dépasse la simple multiplicité des fronts.

À Gambela, la violence est liée à des différends locaux et à la concurrence pour les ressources dans une région qui accueille un grand nombre de réfugiés. En Oromia et en Amhara, les affrontements reposent sur des conflits différents avec le gouvernement, tandis que les questions liées à la guerre au Tigré restent sans règlement complet. L’impact de la coalition dépendra de sa capacité à transformer des conflits régionaux dispersés en une coordination politique ou militaire plus large entre les adversaires du gouvernement dans différentes régions.

Si les groupes participants parviennent à dépasser leurs différends, cela pourrait ajouter une nouvelle dimension au conflit éthiopien. En revanche, la persistance de leurs agendas et de leurs revendications divergents pourrait maintenir la coalition dans un état fragile, reflétant davantage la complexité de la situation qu’elle n’en modifierait le cours.