Retour à l'accueil
Actualités

La photo de Le Pen avec une religieuse relance le débat sur le voile et la laïcité en France

Une photo montrant Marine Le Pen souriante aux côtés d’une religieuse portant un couvre-chef a ravivé le débat français sur l’égalité dans l’application de la laïcité, quelques semaines après l’annonce de son intention d’interdire le voile islamique dans les lieux publics. Des détracteurs ont accusé le Rassemblement national de pratiquer une politique de deux poids, deux mesures, tandis qu’un responsable du parti a affirmé qu’il visait « l’islamisme », et non la religion.

••5 min

Écouter cet article

Une version audio générée automatiquement.

0:00
0:00
Marine Le Pen est photographiée souriante en train de parler avec une religieuse portant un habit religieux dans un lieu public en France. Une grande croix et d’autres personnes sont visibles à l’arrière-plan.

Une photo de Marine Le Pen, dirigeante de l’extrême droite française et possible candidate du Rassemblement national à la prochaine élection présidentielle, souriant aux côtés d’une religieuse chrétienne portant le couvre-chef traditionnel, a suscité un nouveau débat en France sur le voile, les limites de la laïcité et l’égalité de traitement des manifestations religieuses dans l’espace public.

La photo a été prise lors de la visite du pape Léon XIV en France, puis publiée sur la plateforme « X » par l’eurodéputé du Rassemblement national Matteo Vallée, avec la légende « Renaissance de la belle France ». Marine Le Pen, condamnée dans des affaires de corruption, apparaît sur le cliché aux côtés de la religieuse lors d’un évènement public lié à la visite papale, ce qui a incité ses détracteurs à la comparer à sa position sur le voile islamique.

Le Pen propose d’interdire le voile dans les lieux publics

La photo a pris une dimension politique parce qu’elle a été publiée quelques semaines après que Marine Le Pen a relancé la question de l’interdiction du voile islamique dans l’espace public. Elle avait annoncé fin août qu’en cas d’arrivée à l’Élysée, elle entendait soumettre à référendum une loi visant ce qu’elle appelle les « idéologies islamistes ».

Le projet évoqué par Marine Le Pen prévoit de pénaliser le port du voile islamique dans les lieux publics et d’imposer des sanctions financières aux femmes qui le portent. Cette proposition va au-delà des restrictions prévues par le droit français en vigueur, puisqu’elle vise plus largement le voile islamique dans l’espace public que les règles actuellement appliquées.

Des détracteurs accusent le parti de pratiquer deux poids, deux mesures

Des détracteurs ont estimé que la scène constituait un paradoxe politique et visuel: Marine Le Pen a accueilli avec le sourire le couvre-chef religieux porté par une religieuse lors d’un évènement public, tandis que son parti discute de sanctions contre des femmes musulmanes portant le voile dans la rue. Cette comparaison a entraîné la diffusion, sur les réseaux sociaux, d’accusations de pratiquer une politique de « deux poids, deux mesures » à l’égard des symboles et manifestations religieux.

Sur le plan juridique, le couvre-chef porté par la religieuse sur la photo ne constitue pas une infraction au droit français. De même, une femme musulmane portant un voile qui couvre uniquement les cheveux ne commet actuellement aucune infraction du seul fait de le porter dans la rue. Les restrictions françaises en vigueur varient selon le lieu où se trouve la personne, la nature de sa fonction et le type de tenue religieuse concerné.

Des protestations symboliques et un soutien aux femmes musulmanes

Le débat ne s’est pas limité à la photo largement diffusée. Le 3 septembre, des femmes chrétiennes et d’autres femmes non musulmanes sont apparues sur les réseaux sociaux portant symboliquement le voile, en solidarité avec les femmes musulmanes et pour protester contre le projet du Rassemblement national.

L’une des participantes a déclaré qu’elle était chrétienne et prête à porter le voile « en soutien à ses sœurs ». Des vidéos d’autres femmes se couvrant les cheveux pour exprimer un message similaire de solidarité ont également circulé. La controverse s’est étendue à la police française après que le policier et syndicaliste Rudy Manna a critiqué l’idée de charger les forces de l’ordre de verbaliser les femmes voilées.

Les médias français ont rapporté ses propos selon lesquels la police avait des missions plus importantes à accomplir que de s’occuper de ce type d’infractions, faisant référence aux difficultés pratiques de l’application de l’interdiction proposée par Marine Le Pen. Ces prises de position sont intervenues parallèlement à la visite du pape Léon XIV, devenue un évènement populaire et politique majeur en France.

La visite papale amplifie le débat politique et religieux en France

800 ألف
حضور القداس في ساحة الكونكورد

Marine Le Pen a participé, aux côtés de Jordan Bardella, à la messe célébrée par le pape le 26 septembre sur la place de la Concorde, à Paris, en présence de nombreuses personnalités politiques et devant une foule estimée par le Vatican à environ 800 000 personnes. Face aux critiques, le Rassemblement national a cherché à distinguer sa position sur la religion chrétienne de celle qu’il adopte à l’égard de ce qu’il décrit comme l’islam politique.

Le vice-président du parti, Sébastien Chenu, a déclaré que le Rassemblement national « combat l’islamisme et non une religion », en réponse à une question sur la position du pape concernant la laïcité et le maintien de la religion dans l’espace public. De son côté, le pape Léon XIV a déclaré au cours de sa visite qu’une « laïcité juste » ne signifiait pas exclure la religion de l’espace public.

Les médias français ont directement relié cette déclaration au débat en cours sur le voile, notamment parce que le projet de Marine Le Pen s’appuie sur la notion de laïcité pour justifier son appel à interdire le voile islamique dans les lieux publics. Les réactions ont transformé une photo liée à une visite papale en point de départ d’un débat plus large sur les critères régissant le traitement des tenues religieuses en France.

Les partisans du projet du Rassemblement national estiment que le voile islamique peut, dans certains cas, constituer une expression de « l’islamisme », tandis que ses détracteurs considèrent que le fait de cibler uniquement le voile islamique, à l’exclusion des autres couvre-chefs religieux, pose la question de l’égalité dans l’application du principe de laïcité.