Un groupe armé allié au gouvernement éthiopien a annoncé, lundi 28 septembre 2026, que l’armée fédérale et des forces alliées avaient pris le contrôle de la ville stratégique d’Alamata, dans le sud de la région du Tigré, quelques jours après une attaque menée par des forces d’opposition contre des positions gouvernementales dans le nord du pays. La « Force de paix du Tigré » a déclaré que les forces gouvernementales étaient entrées dans Alamata, située à environ 120 kilomètres au sud de Mekele, la capitale de la région.
Le groupe a publié sur sa page Facebook une vidéo montrant des soldats marchant dans les rues de la ville et brandissant des drapeaux éthiopiens. Deux sources diplomatiques ont indiqué que les forces alliées au gouvernement avaient pris le contrôle d’Alamata, tandis qu’une troisième source diplomatique a déclaré qu’elles étaient entrées dans la ville, tout en précisant que l’étendue de leur contrôle n’était pas claire.
Alamata, un centre logistique stratégique au Tigré
L’armée éthiopienne et le « Front de libération du peuple du Tigré » n’ont pas immédiatement commenté les informations concernant la situation sur le terrain dans la ville. Alamata constitue un important centre d’approvisionnement des forces en nourriture et en carburant. La ville se trouve également près de la frontière sud du Tigré avec la région de l’Amhara.
Les forces fédérales et les forces du Tigré se sont disputé le contrôle de la ville à plusieurs reprises pendant la guerre qui s’est déroulée entre 2020 et 2022. L’annonce de la prise de contrôle d’Alamata intervient après une offensive lancée par les forces du Tigré le 23 septembre 2026, visant des positions du gouvernement fédéral dans les régions voisines de l’Afar et de l’Amhara.
Les attaques au Tigré rouvrent les fronts de l’Afar et de l’Amhara
Un conseiller du Premier ministre Abiy Ahmed a déclaré que le « Front de libération du peuple du Tigré » avait lancé une vaste attaque contre des positions gouvernementales, tandis que les autorités du Tigré ont affirmé que leurs forces menaient des combats défensifs en réponse à des attaques fédérales. Au cours de l’offensive, les forces du Tigré ont pris le contrôle des aéroports de Mekele, Axoum et Shire, entraînant la suspension des vols à destination et au départ de la région.
Des affrontements ont également eu lieu dans plusieurs zones de l’Afar, notamment dans les villes d’Apala et d’Érébti, ainsi que dans la région de l’Amhara, où des habitants ont signalé que les forces fédérales utilisaient des armes lourdes depuis une base située dans la ville de Lalibela. L’escalade avait été précédée par l’annonce de la formation, par sept groupes d’opposition, de l’« Alliance des forces des peuples éthiopiens pour la survie », qui a déclaré chercher à renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed.
Une alliance d’opposition annonce une coopération politique et militaire
L’alliance regroupe le « Front de libération du peuple du Tigré », le « Mouvement national Fano de l’Amhara », l’« Armée de libération oromo » et quatre autres groupes. Le porte-parole du Front, Mikhaïl Asghedom, a déclaré que la coopération du groupe avec les autres composantes de l’alliance était politique et militaire, et que des opérations communes pourraient devenir nécessaires pour atteindre l’objectif de l’alliance. Il a ajouté que l’accord de paix signé en 2022 n’était plus valable, selon ses termes.
De son côté, le Royaume-Uni a appelé, dans une déclaration publiée le 24 septembre, toutes les parties à mettre fin à l’escalade et à revenir au dialogue sous médiation de l’Union africaine. La déclaration a condamné les attaques des forces du Tigré dans l’Afar et le sud du Tigré, ainsi que la prise de contrôle des aéroports de la région. Elle a également appelé à protéger les civils et à garantir un accès sûr à l’aide humanitaire et à son personnel.
La reprise des combats menace de fragiliser l’accord de Pretoria, signé en novembre 2022, qui avait mis fin à une guerre de deux ans entre le gouvernement fédéral et les forces du Tigré. L’accord avait interrompu les opérations militaires à grande échelle, mais les tensions sont réapparues au cours des mois suivants, sur fond d’accusations mutuelles de violations de ses dispositions.
Selon des estimations de l’Union africaine, la guerre précédente a fait environ 600 000 morts. Quelque un million de personnes sont toujours déplacées, tandis que l’extension des affrontements à l’Afar et à l’Amhara fait craindre un élargissement des combats et des perturbations des routes d’approvisionnement et des services essentiels dans le nord de l’Éthiopie.