Quelque 160 millions de Brésiliens se rendent aux urnes dimanche pour participer au premier tour de l’élection présidentielle, dans un duel serré entre le président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva et le sénateur de droite Flávio Bolsonaro, au terme d’une campagne électorale marquée par des scandales ayant touché les deux camps et laissé plusieurs électeurs indécis quant à leur choix.
Le parcours politique de Lula et les affaires de corruption
Lula se présente à ce qui devrait être sa dernière élection, après être revenu au pouvoir en 2023. Il avait passé quelque temps en prison à la suite de sa condamnation dans des affaires de corruption, avant que ces condamnations ne soient annulées pour des raisons de procédure liées à la compétence judiciaire.
Au cours de sa campagne, le président brésilien a mis l’accent sur la défense de la souveraineté nationale, mettant en garde contre les ingérences étrangères dans le processus électoral, notamment de la part de milieux favorables au président américain Donald Trump. Il a déclaré que les Brésiliens choisiraient entre « la démocratie et le déni de démocratie », et promis d’empêcher ceux qu’il a qualifiés d’ennemis de la démocratie, au Brésil comme à l’étranger, d’influencer les décisions des électeurs.
Trump a déjà soutenu des candidats de droite lors d’élections dans des pays d’Amérique latine. Il a également reçu Flávio Bolsonaro à la Maison-Blanche plus tôt cette année, sans lui accorder explicitement son soutien. Lula s’appuie dans sa campagne sur le bilan de son troisième mandat, marqué par l’élargissement des programmes sociaux, des réformes fiscales et une réduction de la déforestation en Amazonie.
Le chômage a également reculé à son plus bas niveau et l’inflation est maîtrisée, mais le ralentissement économique et les craintes persistantes des citoyens face à la criminalité et à la violence représentent deux défis dans sa quête d’un nouveau mandat. Alors que l’écart se réduisait dans les sondages, Lula a pris des mesures visant à séduire les électeurs de la classe ouvrière, notamment en augmentant les aides sociales et en interdisant les paris en ligne.
Flávio met l’accent sur la sécurité et la lutte contre la criminalité
Les détracteurs de ces paris affirment qu’ils ont plongé des millions de Brésiliens dans l’endettement. De son côté, Flávio Bolsonaro est entré dans la course après que son père, Jair, l’a désigné comme candidat à la présidence à la suite de la condamnation de l’ancien président à 27 ans de prison. Le sénateur cherche à se présenter aux électeurs comme une version « plus modérée » de son père.
Flávio a fait de la sécurité et de la lutte contre la criminalité les deux axes principaux de sa campagne, promettant de durcir la lutte contre les groupes criminels et de construire d’immenses prisons soumises aux mesures de surveillance les plus strictes. Ces questions revêtent une importance électorale, alors que la criminalité et la violence figurent en tête des préoccupations d’une partie des électeurs. Mais la campagne de Flávio subit les conséquences d’une enquête sur des soupçons de corruption et de blanchiment d’argent liés au financement d’un film consacré à la vie de son père.
Les enquêtes sur la corruption mettent les deux campagnes sous pression
Le financement est lié au banquier Daniel Vorcaro, accusé d’avoir orchestré l’une des plus grandes escroqueries financières au Brésil. Des liens entre Vorcaro et un juge influent de la Cour suprême ont également été révélés. Selon des analystes, cette affaire a terni l’image des institutions du pays et porté également préjudice à la campagne de Lula.
Jocimar Silva, de l’Institut des sciences politiques de l’université de Brasilia, a déclaré que la campagne avait été « dominée par les scandales plutôt que par les projets politiques », ajoutant que les électeurs étaient lassés et que les gens « pensent que tout le monde est corrompu ».