L’Iran attend une réponse officielle des États-Unis à une proposition visant à rouvrir le détroit d’Ormuz sous sept jours, une fois plusieurs conditions remplies. Des responsables iraniens soulignent la priorité donnée à la reprise des négociations avec Washington, tout en se préparant à riposter militairement en cas de reprise des attaques, après l’annonce par le président américain Donald Trump du rejet du plan iranien.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait remis la proposition à Washington par l’intermédiaire du médiateur qatari. Le plan repose sur un accord conclu en juin dernier pour mettre fin au conflit et garantir la navigation. Téhéran exige un arrêt immédiat des combats sur tous les fronts, y compris au Liban, ainsi que la libération de ses fonds gelés et la levée de l’ensemble des sanctions économiques qui lui sont imposées.
Trump a déclaré que les pressions économiques imposées à l’Iran l’avaient poussé à rechercher un accord permettant la réouverture du détroit. Le président américain a affirmé que Washington avait transporté d’énormes quantités de pétrole par cette voie maritime au cours de la nuit précédente, en annonçant son rejet de la proposition présentée par Téhéran.
Les conditions de l’Iran pour rouvrir le détroit d’Ormuz
Le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz, est un point central du conflit depuis le déclenchement de la guerre par des frappes américaines et israéliennes le 28 février dernier. L’Iran a fermé le détroit en réponse au blocus maritime américain imposé à ses ports, faisant de la sécurité de la navigation et des approvisionnements énergétiques des enjeux essentiels des contacts diplomatiques en cours.
Araghchi a expliqué que son pays cherchait à trouver un équilibre entre la poursuite de la voie des négociations et l’option d’une riposte militaire en cas de nouvelle agression. Il a estimé qu’une solution négociée était le moyen de régler la crise de la sécurité énergétique mondiale. Ses déclarations concernaient les discussions qu’il a eues aux États-Unis en marge des réunions de l’ONU, selon un communiqué publié dimanche par le ministère iranien des Affaires étrangères.
Le ministre iranien a ajouté que Téhéran attendait la réponse officielle de Washington par l’intermédiaire de médiateurs au Qatar et au Pakistan avant de déterminer sa prochaine étape. Il a indiqué que son pays avait pris connaissance des déclarations de Trump rejetant la proposition, mais qu’il laissait la porte ouverte au dialogue, affirmant que la décision iranienne dépendrait de la réponse officiellement transmise par les médiateurs. Araghchi a déclaré: « Nous n’avons pas encore reçu de réponse des médiateurs.
Bien entendu, nous entendons des déclarations positives et d’autres contradictoires de la part du président américain. Nous attendons la réponse décisive par l’intermédiaire des médiateurs et nous prendrons notre décision en fonction de la réponse qui nous parviendra ». Il a également insisté, selon l’agence officielle Irna, sur l’attachement de Téhéran à l’option des négociations et sur son refus de l’abandonner.
Araghchi a affirmé que l’Iran souhaitait une solution garantissant, selon ses termes, la dignité, la justice et les droits légitimes du peuple iranien, sans renoncer aux conditions qu’il a présentées. Cette position intervient sur fond de craintes de voir les initiatives diplomatiques échouer et l’escalade militaire reprendre, alors que les positions américaines affichées divergent de l’attente de Téhéran d’une réponse officielle par les canaux de médiation.
Les médiateurs œuvrent à une formule de négociation
De son côté, le président du Syndicat des journalistes iraniens, Machallah Chamsolvaezin, a déclaré que le département d’État américain devait fournir une réponse officielle à la proposition, soit directement dans le cadre de négociations, soit par l’intermédiaire des médiateurs. Il a ajouté que le médiateur qatari déployait des efforts intensifs pour rapprocher les positions des deux parties sur la mise en œuvre des engagements réciproques, se disant optimiste quant à la réussite de ces efforts et estimant que les prochains jours seraient décisifs.
Axios a rapporté, citant un responsable américain et deux sources régionales, que les médiateurs qataris poursuivaient une diplomatie itinérante entre Washington et Téhéran afin de parvenir à un accord. Selon le média, les médiateurs ont discuté avec les deux parties de la proposition iranienne initiale, puis leur ont présenté une formule de compromis à examiner dans le cadre des efforts visant à réduire les divergences existantes.
Axios a ajouté que l’émissaire américain Steve Witkoff et Jared Kushner avaient tenu un nouveau cycle de négociations indirectes avec Araghchi à New York, avec la participation de responsables qataris chargés de transmettre les messages entre les deux parties. Le ministre iranien a informé Witkoff et Kushner des conditions posées par Téhéran pour rouvrir le détroit d’Ormuz et reprendre les discussions liées au programme nucléaire iranien.
L’ancien diplomate iranien Hadi Afghahi a déclaré que l’importance des négociations ne se limitait pas à leur objet, mais tenait aussi au fait qu’elles se déroulaient au siège de l’ONU. Il a affirmé que les médiateurs qatari et pakistanais tenaient à la poursuite des discussions et à empêcher leur échec afin de parvenir à un accord, estimant que les deux parties n’avaient d’autre choix que de revenir à la table des négociations.
Afghahi a estimé que la partie iranienne était consciente du risque que le rejet de la proposition par Trump fasse partie d’une tentative américaine d’obtenir des concessions supplémentaires au cours des négociations. Il a jugé probable que la voie diplomatique finisse par prévaloir, malgré la persistance des différends et des messages contradictoires émis par les parties concernées par les discussions.
Des prévisions divergentes sur le prochain cycle de négociations
Axios a rapporté, citant deux sources régionales, qu’un nouveau cycle de dialogue indirect entre les États-Unis et l’Iran pourrait débuter lundi, tandis que la capacité des deux parties à réduire leurs divergences restait incertaine. De son côté, l’agence Irna a cité une source proche de la délégation iranienne à New York affirmant qu’il n’y avait « aucun projet de nouveau cycle de négociations avec la partie américaine ».
Parallèlement à la voie diplomatique, une source proche de l’équipe de négociation a déclaré à l’agence Fars que l’Iran entendait faire face aux pressions américaines et israéliennes, promettant de ne pas se soumettre aux politiques d’injonction ni aux menaces militaires visant à lui arracher des concessions sur les dossiers stratégiques et opérationnels en suspens, selon ses propres termes.
L’agence Tasnim a cité le conseiller principal du commandant en chef des forces armées iraniennes, qui a déclaré que le départ des Américains de la région était « inévitable ». Il a estimé que Washington n’avait pas obtenu de résultats à la hauteur de ses dépenses militaires au cours de nombreuses années. Le responsable militaire a exclu tout rôle américain dans les dispositifs de sécurité régionaux et a affirmé que Téhéran contribuerait à définir les contours de la sécurité future.
Le conseiller iranien a considéré que la gestion du détroit d’Ormuz constituait un outil stratégique capable de briser le blocus maritime américain imposé aux ports iraniens. Il a établi un lien entre les évolutions dans le détroit et les derniers développements à Bab el-Mandeb, décrivant le contrôle exercé par le groupe Ansar Allah, connu sous le nom de houthis, comme une étape supplémentaire dans ce qu’il a qualifié de série d’échecs stratégiques américains dans la région.
Le Wall Street Journal avait rapporté que Trump envisageait de reprendre les bombardements contre l’Iran après les élections de mi-mandat au Congrès, prévues le 3 novembre prochain. Le journal a ajouté que les options envisagées comprenaient le renforcement du blocus maritime des ports iraniens et l’imposition de nouvelles sanctions économiques.
Les États-Unis n’ont pas mené de frappes contre l’Iran depuis le 1er septembre, malgré des attaques ultérieures contre des pétroliers dans le détroit d’Ormuz.