Les élections américaines de mi-mandat, prévues le 3 novembre, sont devenues un élément des calculs de l’administration du président Donald Trump concernant le niveau d’escalade avec l’Iran, sur fond de craintes que la guerre et la hausse des prix de l’énergie ne nuisent aux chances des républicains, malgré le démenti public du président quant à l’influence du scrutin sur ses décisions à l’égard de Téhéran.
Le 2 septembre, répondant à une question sur l’impact des élections sur ses décisions, Trump a déclaré: « Premièrement, je ne me présente pas. C’est mon parti qui se présente, et je vais aider mon parti. » Une semaine plus tard, il a prédit que la guerre prendrait fin dès la fin des élections et a accusé l’Iran de tenter d’influencer leurs résultats.
Les conseillers de Trump privilégient l’apaisement du conflit avant les élections
Reuters a rapporté, citant quatre personnes au fait des discussions au sein de l’administration, que les principaux conseillers de Trump poussaient à empêcher une escalade de la guerre avant le scrutin, afin de limiter les pertes électorales potentielles des républicains. Un responsable de la Maison-Blanche a déclaré: « Nous maintenons la pression sur l’Iran », ajoutant: « Mais novembre est prioritaire. »
Selon les sources, les responsables de la Maison-Blanche pourraient envisager une intensification de l’action militaire après le vote, mais un retour à un conflit de grande ampleur n’est pas certain et aucune décision n’a été prise à ce sujet. Reuters a indiqué que le vice-président JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio étaient favorables au maintien d’un conflit relativement calme jusqu’aux élections.
De son côté, la porte-parole de la Maison-Blanche, Olivia Wells, a défendu la politique de Trump, affirmant qu’il avait « détruit les capacités militaires iraniennes » et qu’il « ne permettra jamais à l’Iran de posséder une arme nucléaire ». Les craintes concernant les répercussions politiques étaient apparues dès le début de la guerre.
En mars, Reuters avait rapporté, citant deux hauts responsables de la Maison-Blanche et un républicain proche de l’administration, que des conseillers de premier plan avaient averti Trump avant les frappes qu’il serait difficile de contenir l’escalade et que l’avenir politique de l’administration pourrait être lié à des résultats imprévisibles. Selon eux, l’impact électoral potentiel ne serait pas immédiat, mais se préciserait progressivement en fonction de la durée de la guerre, de l’ampleur de la riposte, du nombre de morts américains et de l’effet du conflit sur les prix de l’essence.
L’Iran mise sur le coût de l’énergie et la pression électorale
Des analystes estiment que Téhéran est conscient de la sensibilité du calendrier électoral, notamment en raison de l’impact des pressions sur le détroit d’Ormuz sur les prix de l’énergie. Thomas Juneau, professeur de sciences politiques à l’Université d’Ottawa, a déclaré que l’Iran voyait une occasion « d’exploiter la faiblesse et la vulnérabilité des États-Unis ».
Sanam Vakil, du centre Chatham House, a déclaré que Téhéran estimait que la pression sur Ormuz et la menace d’étendre les troubles pourraient accroître le coût politique et économique d’une nouvelle crise au Moyen-Orient à l’approche des élections. Le chercheur Ali Alfoneh a estimé que l’Iran ne pouvait pas vaincre militairement les États-Unis, mais espérait affaiblir Trump sur le plan politique en maintenant les prix de l’essence à un niveau élevé et en associant son administration à une guerre prolongée.
Le porte-parole des Gardiens de la révolution, Hossein Mohebbi, a présenté des exigences pour mettre fin à la guerre, notamment le retrait des forces israéliennes du sud du Liban et la libération d’environ 24 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés. Les données de l’opinion publique renforcent les inquiétudes au sein de l’administration. Un sondage réalisé par Reuters et Ipsos fin août a montré que 31 % des Américains soutenaient la guerre, contre environ 63 % qui s’y opposaient.
La poursuite de la guerre accentue les pressions populaires et militaires
Malgré cela, Trump a déclaré lors d’un entretien avec la présentatrice de Fox News Laura Ingraham qu’il « ne croit pas au mot regret », ajoutant: « Si je devais refaire la même chose, je ferais exactement ce que j’ai fait. » La réduction de l’escalade avant les élections ne signifie pas que la fin de la guerre est proche.
Reuters a rapporté, citant le Wall Street Journal, que Vance, Rubio et de hauts conseillers avaient averti Trump que l’Iran pourrait continuer à résister à la pression américaine et que le conflit pourrait se prolonger au-delà de janvier 2029. Washington est également confronté à des contraintes militaires alors que les combats se poursuivent.
Selon Reuters, l’armée américaine a épuisé ses stocks de certains missiles de précision. Les chefs de l’armée de terre, de la marine et de l’armée de l’air ont également averti le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, dans une évaluation écrite, que la prolongation de la guerre n’était pas viable et pourrait affaiblir la préparation des forces sur d’autres théâtres. À ce stade, l’administration privilégie un renforcement de la pression économique afin d’obtenir des concessions de l’Iran.
Les évolutions régionales accentuent les pressions sur la navigation et l’énergie
Les évolutions régionales influent également sur le cours de la guerre et les marchés de l’énergie. L’Arabie saoudite a suspendu par précaution l’oléoduc « Est-Ouest » après une attaque signalée vendredi. Celui-ci transportait ces derniers mois entre 4 et 5 millions de barils par jour, soit environ 4 % à 5 % de l’approvisionnement mondial.
Quatre sources gouvernementales yéménites ont déclaré que les Houthis avaient pris vendredi le contrôle de l’île de Mayyun, à l’entrée de la mer Rouge, ajoutant Bab el-Mandeb aux pressions sur la navigation et l’énergie liées à la guerre.
Le Brent avait dépassé le 9 septembre le seuil de 100 dollars le baril pour la première fois depuis juillet, laissant l’issue du conflit liée à l’évolution sur le terrain, à la pression économique et à la capacité des parties à en supporter le coût.