Les forces fédérales éthiopiennes et leurs alliés sont entrés samedi à Mekele, capitale de la région du Tigré, dans le nord du pays, après que les forces des autorités régionales eurent évacué la plupart de leurs positions dans la ville, selon des témoignages d’une source humanitaire et d’habitants. Il s’agit du dernier développement en date dans les affrontements qui ont éclaté le 23 septembre.
Les forces fédérales se déploient dans Mekele
Une source humanitaire a indiqué que des équipes travaillant sur le terrain avaient repéré les forces fédérales éthiopiennes et leurs alliés à plusieurs endroits de Mekele. Leur entrée dans la ville est intervenue après que les forces gouvernementales et les groupes qui leur sont fidèles eurent repoussé les combattants du Front de libération du peuple du Tigré et progressé vers le nord en direction de la capitale régionale.
Peu avant l’entrée des forces, un journaliste a déclaré que les combattants et les dirigeants du Front de libération du peuple du Tigré quittaient Mekele, ajoutant que les bureaux gouvernementaux et les commissariats étaient désormais dépourvus de membres des forces de sécurité. Ce vide sécuritaire a suscité chez les habitants des craintes de pillages ou de troubles pendant le transfert du contrôle. Un habitant a déclaré à l’Agence France-Presse: « Je crains que les biens gouvernementaux et publics ne soient pillés, faute de forces de sécurité dans la ville. »
Les habitants craignent le chaos et les pillages
Je crains aussi pour ma vie. Je veux que l’État de droit et l’ordre soient rapidement rétablis
Les affrontements ont ravivé les craintes d’une reprise de la guerre civile qui a ravagé le nord du pays entre 2020 et 2022, faisant environ 600 000 morts. Au début des affrontements, les combattants du Front avaient progressé dans les régions voisines de l’Afar et de l’Amhara, avec la participation de groupes armés locaux.
Une contre-offensive sur trois axes
Ils ont toutefois été contraints de battre en retraite cette semaine, après le lancement par les forces fédérales d’une contre-offensive dans le Tigré, sur trois axes en direction de Mekele, selon le Critical Threats Project de l’American Enterprise Institute. La milice pro-gouvernementale « Tigray Peace Force » a déclaré vendredi avoir « pris le contrôle total de l’aéroport Alula Aba Nega de Mekele », situé à environ dix kilomètres de la ville.
Le même jour, une source humanitaire a indiqué que le Front de libération du peuple du Tigré s’était complètement retiré de la région de l’Afar. Selon cette source, le Front s’était retiré de l’Afar dès la veille, mais la situation humanitaire n’avait pas connu d’amélioration notable. Elle a précisé que les combattants avaient commis des pillages et des destructions pendant leur retrait et que l’accès à la nourriture était devenu impossible dans le nord de l’Éthiopie.
Le conflit a détérioré les relations de l’Éthiopie avec l’Érythrée et l’Égypte, qu’Addis-Abeba accuse de soutenir les rebelles. Le chef du Front de libération du peuple du Tigré, Debretsion Gebremichael, avait déclaré dans une vidéo publiée jeudi: « C’est une guerre régionale, dont l’objectif est de prendre le contrôle de la mer Rouge. »
L’Érythrée craint depuis longtemps que l’Éthiopie, pays sans accès à la mer, ne cherche à envahir son territoire et à prendre le contrôle d’un accès à la mer Rouge. Dans la même vidéo, Gebremichael a laissé entendre que le Front continuerait de mener des attaques selon une stratégie de guérilla, déclarant: « Nous suivons une stratégie qui nous permet de frapper l’ennemi où nous le souhaitons. »
Le Front avait déjà adopté cette méthode après la prise de Mekele par les forces gouvernementales en 2020, durant les premières phases de la précédente guerre. La campagne de rébellion menée par la suite lui avait permis de reprendre le contrôle de la ville à la mi-2021.