Le Fonds monétaire international a maintenu la Tunisie sur sa liste des pays accusant un retard de plus de 18 mois dans l’achèvement des consultations au titre de l’article IV, dans une mise à jour arrêtée au 30 juin 2026. Le retard du pays par rapport à la date prévue pour la consultation suivante atteignait 49 mois à la mi-2026, selon une analyse réalisée par un professeur de sciences économiques de l’université de Carthage et ancien conseiller auprès d’organismes tunisiens et des Nations unies.
Les consultations en retard depuis 2021
La Tunisie a tenu ses dernières consultations avec le Fonds le 17 février 2021, et la consultation suivante aurait dû être achevée au plus tard le 17 mai 2022. Plus de 5 ans et 4 mois se sont ainsi écoulés sans nouvelle évaluation institutionnelle de l’économie tunisienne à la mi-2026, tandis que le retard calculé à partir de la date limite de la consultation atteignait 49 mois.
La politique d’inscription des pays en retard remonte à 2012. Le mécanisme repose sur un cycle de consultations de 12 mois, suivi d’un délai de grâce de 3 mois, puis d’un retard supplémentaire de 18 mois avant l’inscription, portant le retard cumulé à 33 mois depuis la dernière consultation.
L’analyse a relevé la sortie du Yémen de la liste après la reprise de ses consultations en mars 2026, bien qu’il soit classé parmi les pays fragiles, ainsi que la reprise des relations du Venezuela après 21 ans et de la Syrie après 16 ans. La liste comprend également notamment la Russie, le Bélarus, l’Iran, le Soudan, l’Afghanistan et le Myanmar, dans un contexte de conflits, de sanctions ou de situations politiques complexes.
Recul du financement extérieur et hausse de son coût
L’analyse a établi un lien entre l’impasse persistante dans les relations avec le Fonds, la contraction des sources de financement extérieur et le recours à des solutions de remplacement plus coûteuses. La contribution de l’Algérie au financement du budget s’est limitée à 1.5 milliard de dinars en 2022, tandis que d’autres financements prévus de pays arabes et d’institutions africaines n’ont pas été obtenus dans les lois de finances suivantes.
En 2024, l’État n’a mobilisé que 3.5 milliards de dinars sur un total de 16.5 milliards de dinars programmés, dont 328 millions de dinars destinés au soutien du budget de l’État, sur les 14.5 milliards de dinars prévus à cet effet, selon les chiffres cités dans l’analyse.
La Tunisie s’est également tournée vers des financements auprès d’institutions comme la Banque africaine d’import-export, à un taux d’intérêt proche de 6% et pour une période de remboursement ne dépassant pas 7 ans, dont seulement 2 années de grâce. Selon l’analyse, ces conditions alourdissent le coût du service de la dette et accentuent les pressions sur les finances publiques.
Emprunt intérieur et financement de la banque centrale
L’emprunt intérieur a plus que triplé, passant de 6.8 milliards de dinars en 2021 à 23.2 milliards de dinars en 2024. Les ressources tirées des bons du Trésor à 52 semaines sont passées de 194 millions de dinars en 2021 à 6179 millions de dinars en 2023, tandis que l’emprunt obligataire national a mobilisé 5100 millions de dinars en 2024.
Le financement a également impliqué la Banque centrale de Tunisie, qui a fourni 7 milliards de dinars en 2024 et le même montant en 2025, tandis que 11 milliards sont programmés pour combler le déficit budgétaire de 2026. L’auteur de l’analyse estime que l’augmentation des emprunts de l’État auprès des banques et de la banque centrale réduit les liquidités disponibles pour financer l’investissement privé et accentue les tensions monétaires.
Ces évolutions ont coïncidé avec des pénuries de produits essentiels, notamment le sucre, le café, plusieurs médicaments et l’essence, ainsi qu’avec des coupures d’électricité et d’eau. L’analyse attribue ces perturbations à la pénurie de devises nécessaires au financement des importations, parallèlement à la priorité accordée au service de la dette extérieure et à la dépendance aux recettes du tourisme et aux transferts des Tunisiens à l’étranger.
Baisse des salaires et des subventions
La part des salaires dans le produit intérieur brut a reculé de 15.1% en 2022 à 13.4% en 2024, tandis que les dépenses de subvention sont passées de 6.8% à 5.9% entre 2024 et 2025. Selon l’analyse, la Tunisie a ainsi mis en œuvre des mesures de contraction similaires aux politiques d’ajustement budgétaire préconisées par le Fonds monétaire international, sans bénéficier de ses financements concessionnels.
L’analyse conclut que le recul du financement extérieur et l’augmentation du financement intérieur ont contribué à accentuer les pressions sur les prix, les coûts de production et le risque souverain, tout en réduisant la capacité de l’État à financer l’investissement et à garantir la régularité de l’approvisionnement en produits importés.