Le taux de remplissage des stocks de gaz en Europe s’établit à 69 %, contre une moyenne de 85 % à cette période de l’année au cours des cinq dernières années, selon un rapport de l’Association européenne des infrastructures gazières. Cette situation accentue les pressions économiques et politiques exercées sur les gouvernements européens, alors que les prix du diesel et des produits pétroliers raffinés atteignent des niveaux proches de records.
La reconstitution des stocks prend du retard
L’Allemagne et les Pays-Bas, qui représentent ensemble environ 35 % de la capacité de stockage de l’Union européenne, accusent un retard notable dans la reconstitution de leurs stocks. Les entreprises privées hésitent à acheter du gaz en raison des prix élevés, tandis que les gouvernements appliquent leurs objectifs nationaux de stockage avec une rigueur limitée.
Les estimations précédentes reposaient sur l’hypothèse d’une fin rapide de la guerre en Iran, qui aurait permis aux prix de baisser et aux stocks d’être reconstitués à moindre coût. Cette perspective est toutefois confrontée à des risques croissants.
Des analystes ont déclaré que chaque mois de retard pris par l’Europe dans la reconstitution de ses stocks accentuait les pressions sur les prix à l’approche du pic de consommation hivernal. Ils ont souligné que la hausse des prix de l’énergie continuait de représenter un risque pour l’inflation et la croissance, même si la situation économique est moins grave que le choc énergétique qui a suivi le déclenchement de la crise russo-ukrainienne en 2022.
Les carburants et le gaz accentuent les risques inflationnistes
Les prix de l’essence dans l’Union européenne ont augmenté de 24 % sur un an, tandis que ceux du diesel ont progressé de 38 %. Le coût du carburant aviation a pour sa part augmenté de plus de 100 %, alors que les prix mondiaux du pétrole ont dépassé 100 dollars le baril.
Le prix du gaz de référence a grimpé à 81 euros par mégawattheure, soit une hausse de 150 % sur un an, et pourrait atteindre 100 euros par mégawattheure si l’hiver est particulièrement froid, selon les prévisions.
Des analystes ont averti qu’une baisse des stocks au cours d’un hiver froid, même si elle reste dans les limites normales, pourrait entraîner une diminution importante des réserves. L’Europe aurait alors besoin d’accroître ses importations de gaz naturel liquéfié afin de reconstituer ses stocks en 2027, ce qui pourrait maintenir les marchés mondiaux du gaz sous tension pendant plusieurs mois.
Une étude de la Banque d’Italie a montré que la hausse des prix du pétrole entraîne généralement une inflation à court terme, tandis que les chocs sur les prix du gaz ont des effets plus marqués et plus persistants, qui s’étendent à l’inflation sous-jacente suivie de près par la Banque centrale européenne. Peter Kazimir, membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, a déclaré qu’il accordait désormais moins d’attention aux prix du pétrole et des carburants et davantage aux prix du gaz et de l’électricité.
Des répercussions variables selon les secteurs et sur les finances publiques
Les compagnies aériennes, les entreprises chimiques, les constructeurs automobiles et les fabricants de matériaux de construction devraient figurer parmi les secteurs les plus exposés aux conséquences de la hausse des coûts de l’énergie. Les entreprises énergétiques, les services d’utilité publique et les banques pourraient en revanche en tirer un avantage relatif, même si la hausse des taux d’intérêt risque de limiter la croissance des crédits.
L’Allemagne est confrontée à des risques particuliers en raison de l’importance de ses industries à forte consommation d’énergie. Dans d’autres pays, la fragilité des finances publiques limite par ailleurs la capacité à fournir un soutien de grande ampleur pour alléger le poids des coûts énergétiques.
Le ministre français des Finances, Roland Lescure, a déclaré que des mesures générales visant à réduire les coûts de l’énergie pourraient apaiser le mécontentement populaire à court terme, mais qu’elles alourdiraient à terme le poids de la dette publique.