Le Fonds monétaire international prévoit une baisse d’environ 61 % des réserves officielles de change de l’Algérie sur 6 ans, de 51 milliards de dollars fin 2025 à 19.8 milliards de dollars d’ici 2031, dans un contexte de déficit courant persistant et de réduction des marges de sécurité extérieure, selon le communiqué issu des consultations au titre de l’article IV avec l’Algérie.
Le Fonds prévoit une baisse des réserves à 46.5 milliards de dollars en 2026, puis à 41 milliards en 2027 et à 33.4 milliards en 2028, avant d’atteindre 19.8 milliards en 2031.
Selon les estimations, la capacité des réserves à couvrir les importations de biens et de services passera de 8.6 mois en 2025 à 8.1 mois en 2026, puis à 5.8 mois en 2028 et à 3.3 mois en 2031.
Les réserves s’élevaient à 70.6 milliards de dollars en 2023, avant de reculer à 68.9 milliards de dollars en 2024, puis à 51 milliards en 2025. Elles pourraient ainsi diminuer d’environ 71 % entre 2024 et 2031 si les prévisions du Fonds se concrétisent.
Déficit courant et pressions sur les hydrocarbures
Le Fonds monétaire a attribué la forte baisse enregistrée en 2025 à l’élargissement du déficit courant sous l’effet de la hausse des importations et du recul des exportations de pétrole et de gaz. Le solde courant est ainsi passé d’un excédent équivalant à 2.6 % du PIB en 2023 à un déficit de 8.9 % en 2025.
Le Fonds prévoit une réduction du déficit courant à 1.9 % du PIB en 2026, soutenue par la hausse des prix des hydrocarbures et la baisse des importations. Le déficit devrait toutefois se poursuivre les années suivantes, entre 2 % et 3.1 % du PIB jusqu’en 2031.
Les prévisions du Fonds indiquent que le prix moyen du baril de pétrole algérien exporté passera de 69.4 dollars en 2025 à 92.6 dollars en 2026, avant de reculer progressivement à 71.8 dollars d’ici 2031, ce qui pourrait soutenir à court terme les exportations et les recettes publiques.
La poursuite de la baisse des volumes d’hydrocarbures exportés pourrait toutefois limiter l’effet de l’amélioration des prix. Dans son rapport sur le projet de budget 2026, le ministère algérien des Finances a tablé sur une baisse des volumes d’exportation de pétrole et de gaz de 2 % en 2026, puis de 0.5 % en 2027 et de 2.7 % en 2028.
Le ministère a attribué cette évolution à la hausse de la demande intérieure, conjuguée à la faiblesse de la croissance du secteur des hydrocarbures. Il prévoit que la croissance de sa valeur ajoutée ne dépassera pas 0.3 % par an en moyenne sur la période 2026-2028.
Déficit budgétaire et financement par la Banque d’Algérie
Le Fonds monétaire a averti que le maintien du déficit budgétaire à des niveaux élevés accroîtrait la dette publique et renforcerait le lien entre les banques et l’État. La dépendance persistante au financement monétaire pourrait en outre compromettre la stabilité des prix et la crédibilité de la politique économique.
Le Fonds a estimé le déficit budgétaire à environ 10.5 % du PIB en 2025, avant un recul prévu à 9.6 % en 2026, puis une remontée à 10.2 % en 2027. Il devrait ensuite rester compris entre 8.7 % et 10 % jusqu’en 2031.
La dette publique brute devrait également passer de 52.1 % du PIB en 2025 à 53.2 % en 2026, puis à 60.4 % en 2027, pour atteindre 79 % d’ici 2031 si la trajectoire actuelle de la politique budgétaire se poursuit.
Le Fonds prévoit que les flux de financement accordés par la Banque d’Algérie au gouvernement équivaudront à 5.5 % du PIB en 2026, contre 3.7 % en 2025. Il a averti que l’expansion du financement monétaire pourrait accroître la liquidité et accentuer les pressions inflationnistes ainsi que les tensions sur le marché parallèle des changes.
Le Fonds a appelé l’Algérie à assainir progressivement ses finances publiques, à accroître ses recettes hors hydrocarbures, à améliorer l’efficacité de l’investissement public et à rationaliser les dépenses. Ces mesures devraient notamment inclure une réforme progressive des subventions énergétiques, accompagnée d’un soutien ciblé aux ménages les plus vulnérables.
Prévisions de croissance et d’inflation
Le Fonds prévoit une croissance de l’économie algérienne de 3.8 % en 2026, après 3.9 % en 2025. Elle devrait ensuite ralentir à 3.1 % en 2027, à 3 % en 2028 et 2029, puis à 2.9 % en 2030 et 2031.
Le Fonds prévoit également une hausse de l’inflation moyenne, de 1.4 % en 2025 à 5.5 % en 2026, avant un recul à 3.5 % en 2027 et une stabilisation autour de 3.8 % pour le reste de la période de prévision.
Le Fonds a déclaré que la hausse des recettes tirées des hydrocarbures offrait à l’Algérie l’occasion de reconstituer ses réserves budgétaires et extérieures. Il a lié cette perspective à une réduction du financement de l’État par la banque centrale, au renforcement de la flexibilité du taux de change, à l’accélération de la diversification de l’économie, à l’amélioration du climat des affaires et au soutien d’une croissance portée par le secteur privé.