Les États-Unis ont intensifié leur différend commercial avec le Canada, premier acheteur mondial de produits américains, après que le président Donald Trump a imposé des droits de douane de 50 % sur des produits canadiens d’une valeur de 20 milliards de dollars. Ottawa a riposté par des mesures de rétorsion, marquant un brutal tournant dans une relation économique étroitement intégrée.
Escalade après l’échec des négociations
Les relations se sont détériorées depuis l’échec des négociations commerciales le 21 août, l’administration Trump accusant le Canada de faire preuve de discrimination à l’égard des exportations américaines de voitures, de produits laitiers et de boissons alcoolisées. Après l’imposition de droits de douane de rétorsion par Ottawa, Trump a menacé d’exclure les entreprises canadiennes des marchés publics et d’interdire certains produits canadiens.
Le Canada est le deuxième marché pour les exportations agricoles américaines après le Mexique, tandis que la plupart des produits américains y entrent sans droits de douane dans le cadre de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada.
Les produits laitiers au cœur du différend
Le Canada dépend fortement du commerce extérieur, qui représente environ 64 % de son activité économique, contre 25 % aux États-Unis, selon les données de la Banque mondiale. Malgré l’ouverture de son économie, Ottawa protège fermement certains secteurs, au premier rang desquels les produits laitiers.
Le Canada impose des droits de douane supérieurs à 200 % sur la plupart des produits laitiers une fois dépassés certains contingents d’importation, et proches de 300 % sur certains produits comme le beurre. En parallèle, l’accord commercial actuel a accordé aux producteurs américains un meilleur accès au marché canadien: les exportations américaines de produits laitiers vers le Canada ont augmenté de plus de 11 % l’an dernier, après une hausse de 8 % en 2024.
Les États-Unis enregistrent un excédent dans leurs échanges de produits laitiers avec le Canada: ils lui ont exporté pour 1,3 milliard de dollars de produits l’an dernier, contre des importations d’une valeur de 585 millions de dollars.
Le pétrole explique le déficit commercial
Le déficit commercial américain avec le Canada, qui s’est établi à 27,3 milliards de dollars l’an dernier, est principalement lié aux importations de pétrole. Le Canada a exporté pour plus de 85 milliards de dollars de pétrole brut vers les États-Unis en 2025, tandis que les raffineries du Midwest américain dépendent du pétrole lourd à haute teneur en soufre provenant de l’Alberta.
Un expert en droit commercial a indiqué que ces raffineries étaient conçues pour traiter le pétrole brut canadien et que le passage à d’autres types de brut pourrait prendre des années et nécessiter des milliards de dollars, tandis que le pétrole canadien est vendu avec une décote par rapport au brut américain de référence.
Le Canada envoie environ 70 % de ses exportations vers les États-Unis, tandis que les raffineries américaines ont besoin du pétrole de l’Alberta et que les agriculteurs dépendent de la potasse canadienne. Certaines régions américaines frontalières dépendent également de l’électricité produite au Canada, ce qui illustre l’ampleur de l’interdépendance entre les deux économies.
Une fenêtre de négociation avant le 29 septembre
Une fenêtre de négociation reste ouverte avant l’entrée en vigueur de certaines mesures américaines, prévue le 29 septembre. Le Premier ministre canadien Mark Carney a déclaré que son pays était prêt à parvenir à un accord équitable, sur fond de mises en garde selon lesquelles la poursuite de l’affrontement pourrait menacer le système commercial et industriel intégré construit par les pays d’Amérique du Nord.