L’exploitation minière artisanale a représenté plus de 90% de la production d’or du Soudan en 2024, tandis que plus de 700 tas de déchets miniers toxiques se sont accumulés dans la région d’Abou Hamad et ses environs, dans l’État du Nil, selon un reportage réalisé par la journaliste Samira Hassan Khalifa. Dans le même temps, l’agriculture locale recule sous la pression de la pollution liée au traitement de l’or.
Forte baisse de la production agricole
L’exploitation minière artisanale a commencé dans la région vers 2008, avant de s’intensifier fortement au cours des six dernières années. Les sites miniers et les commerces ont remplacé des espaces occupés par des vergers et des champs produisant des dattes, des agrumes et des céréales. Les travailleurs retraitent les déchets pour récupérer l’or résiduel à l’aide de produits chimiques, notamment du mercure, du cyanure et de la thiourée.
Les sols, les eaux et l’air se sont dégradés avec la dispersion de ces produits, tandis que les eaux de crue ont transporté les déchets miniers vers des terres agricoles et des zones résidentielles. Parallèlement à l’augmentation de la salinité des sols, la production de blé est passée de 40-60 sacs par feddan à 12-18 sacs, tandis que celle des fèves a chuté de 40-50 sacs à seulement 3 ou 4.
Le cultivateur Mohammed Fath al-Rahman al-Khalifa a déclaré que la production d’oranges de son verger était passée d’environ 4 camions à un demi-camion. Il a averti que « la sécurité alimentaire n’est plus seulement une question locale qui concerne Abou Hamad, mais une question nationale qui intéresse l’ensemble du Soudan ».
L’or et l’économie de guerre
La crise d’Abou Hamad est liée à la guerre au Soudan, qui est entrée dans sa quatrième année. Le chercheur Suleiman Baldo, de l’Observatoire soudanais pour la transparence et les politiques, a déclaré que l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide s’étaient engagées dans la prise de contrôle des activités minières depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023, les deux camps dépendant largement du secteur aurifère.
Le secteur minier a généré l’année dernière environ 1.8 milliard de dollars de recettes issues de la production et des exportations, et produit près de 75 tonnes d’or, dépassant de 13% l’objectif fixé par le gouvernement. L’or a représenté 58% de la valeur totale des exportations du Soudan dans les régions sous le contrôle de l’armée, tandis que les estimations des bénéfices potentiels augmentent en raison de la contrebande d’or à travers la frontière égyptienne.
« Ces fonds ne font l’objet d’aucun contrôle et sont gérés exclusivement par le chef de l’armée et le gouverneur de la banque centrale. »
Risques sanitaires et éducatifs
Une analyse réalisée en 2022 a montré que 20% des échantillons d’eau potable contenaient du mercure. Le reportage cite un médecin local faisant état d’une hausse des fausses couches et des malformations congénitales, tandis que le centre de dialyse d’Abou Hamad accueille désormais près de 100 patients après l’augmentation des cas d’insuffisance rénale.
Le berger local Abou al-Qassem al-Khazin a déclaré que des animaux étaient nés dans la région sans poils ou sans yeux et que certains souffraient de graves troubles du comportement. L’ingénieur environnemental Hachem Abdel Azim al-Mahi a indiqué qu’environ un enfant sur 50 naissait avec des malformations congénitales complexes, appelant l’État à limiter les pratiques nuisibles liées à l’exploitation minière et à les traiter avec sérieux.
Les répercussions de l’exploitation minière se sont également étendues à l’éducation: dans l’une des écoles, le nombre d’élèves du primaire est passé de 75 à 20, tandis que des jeunes se tournent vers les mines à la recherche de revenus rapides. Le directeur de l’établissement, Mohammed Ahmed Abdel Aziz, a averti que la poursuite de cette tendance priverait à l’avenir le Soudan de professionnels indispensables à son développement, notamment des médecins, des ingénieurs et des enseignants.
Malgré les mesures prises par le gouvernement pour éloigner les installations de traitement de l’or des zones résidentielles et militaires, les déchets miniers toxiques restent exposés et ne font l’objet d’aucun traitement, ce qui accroît le risque qu’ils soient entraînés vers le Nil pendant la saison des pluies.