Le différend commercial entre le Canada et les États-Unis s’est intensifié après l’échec des négociations bilatérales à la fin du mois d’août dernier. Washington a imposé des droits de douane de 50 % sur une longue liste de produits canadiens, et Ottawa a riposté avec des droits compris entre 15 % et 50 % sur des importations américaines d’une valeur totale équivalente, alors que le Premier ministre canadien Mark Carney s’employait parallèlement à renforcer le partenariat avec l’Union européenne.
Le Canada supporte un coût économique plus élevé du fait de cette escalade, puisque plus de 70 % de ses exportations sont destinées aux États-Unis, tandis que les tensions se sont étendues aux décisions des consommateurs en matière d’achats, de voyages et d’utilisation des plateformes technologiques américaines.
Les consommateurs réduisent leurs dépenses et leurs voyages aux États-Unis
Les voyages des Canadiens vers les États-Unis ont diminué de 25 % en juin par rapport au même mois de 2024, alors que les consommateurs se tournaient de plus en plus vers les produits locaux et cherchaient à réduire leur dépendance aux biens et services américains.
Des données analysées par la Banque du Canada montrent un recul de l’intérêt pour les produits américains. La banque a qualifié cette tendance de « limitée, mais tout à fait manifeste ». La première vague de désaffection des Canadiens pour les produits américains et les voyages aux États-Unis avait commencé l’an dernier, avant de s’amplifier à nouveau avec la reprise des tensions commerciales.
Les gestes les plus forts viennent de vous, en achetant des produits canadiens et en voyageant au Canada
Avery Shenfeld, économiste en chef de CIBC Capital Markets, filiale de la banque canadienne CIBC, a déclaré que les décisions du gouvernement américain avaient suscité un sentiment de mécontentement chez les Canadiens et que nombre d’entre eux, lorsqu’ils en avaient la possibilité, agissaient par « sens du devoir national ». Chez certains consommateurs, cette tendance s’est étendue à la recherche de solutions canadiennes et européennes pour remplacer les plateformes technologiques américaines.
L’imbrication commerciale complique le découplage
L’imbrication économique qui s’est consolidée au fil des décennies limite la capacité du Canada à réduire rapidement sa dépendance au marché américain. Les négociations sur l’Accord États-Unis-Mexique-Canada ont pris une nouvelle tournure après le refus, le 1er juillet, de l’administration du président Donald Trump de reconduire l’accord dans sa forme actuelle pour 16 années supplémentaires. L’accord est toutefois resté en vigueur et est entré dans un processus d’examens annuels qui se poursuivra jusqu’à la mi-2036, date à laquelle il prendra fin si les trois pays ne conviennent pas de le prolonger.
L’auteur Nicholas Sargen estime que l’un des objectifs de l’administration américaine est de pousser le Canada à durcir ses restrictions commerciales envers la Chine et d’autres pays asiatiques, afin de dissuader leurs entreprises d’implanter des sites de production dans l’hémisphère occidental, comme l’a fait le Mexique l’an dernier. Selon son analyse, Carney y a vu une atteinte à la souveraineté de son pays, ce qui a conduit Ottawa à riposter de la même manière.
Dans le cadre de ses droits de douane en représailles, le Canada vise des produits fabriqués dans des États américains frontaliers, notamment le Michigan, l’Ohio, l’Iowa et le Maine, où certains secteurs économiques dépendent des exportations vers le marché canadien.
Ottawa élargit son partenariat avec l’Europe
Carney discute de l’établissement d’un partenariat sans précédent avec l’Union européenne, qui pourrait inclure l’octroi au Canada du statut de « membre associé ». Cette formule n’existe pas actuellement, mais des responsables européens étudient la possibilité de la créer, dans le but de réduire la dépendance de l’économie canadienne aux États-Unis.
Les discussions entre Ottawa et l’Union européenne portent sur les secteurs de l’énergie, de l’intelligence artificielle, de la défense et des minerais critiques, ainsi que sur la facilitation de la circulation des biens, des services et des travailleurs. Elles prévoient également le lancement d’initiatives communes dans les centres de données, les infrastructures infonuagiques, les réseaux de satellites et les câbles de télécommunications sous-marins, ainsi que la création de nouvelles voies pour exporter l’énergie canadienne vers l’Europe.
Carney devrait promouvoir cette orientation lors de sa visite en Europe cette semaine, où il prononcera un discours devant le Parlement européen et rencontrera plusieurs de ses membres. Cette démarche se heurte à des obstacles politiques: l’Union européenne est restée réservée à l’égard des formules d’adhésion flexibles, tandis que l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne n’a pas été ratifié par tous les États membres, malgré l’application provisoire de certaines de ses dispositions depuis 2017. Toute formule de membre associé devrait donc nécessiter de longues négociations et des approbations au sein de l’Europe.