La Norvège fournit près d’un tiers des besoins en gaz de l’Union européenne et 14% de sa consommation de pétrole brut, selon les données de l’année dernière. Cette situation renforce son importance pour l’Europe, alors que les réserves de gaz du continent sont tombées à leur plus bas niveau depuis 15 ans et que la concurrence asiatique pour les cargaisons de gaz naturel liquéfié s’intensifie avant l’hiver.
Prix élevés et concurrence pour les cargaisons
La concurrence pour les cargaisons de gaz naturel liquéfié menace de pousser les prix au-dessus de leurs niveaux actuels. L’Europe cherche à sécuriser ses besoins, tandis que les acheteurs asiatiques se montrent prêts à payer davantage pour obtenir les cargaisons disponibles en quantité limitée. Ces pressions sont apparues après que les guerres en Iran et en Ukraine ont modifié les plans énergétiques de l’Europe, qui visaient à réduire sa dépendance aux sources traditionnelles.
Les prix du gaz naturel liquéfié ont atteint leur plus haut niveau depuis plusieurs années après le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran. L’indice de référence Platts JKM des marchés asiatiques s’est rapproché de 30 dollars par million d’unités thermiques britanniques à la mi-septembre de cette année, avant d’être coté à 25.29 dollars vendredi dernier.
En revanche, le prix des cargaisons de combustible à destination de l’Europe s’est établi à 24.62 dollars par million d’unités thermiques britanniques, selon les données de Spark Commodities.
La disposition des acheteurs asiatiques, habituellement considérés comme sensibles aux prix, à payer davantage plutôt que de risquer une pénurie d’approvisionnement représente «un changement fondamental sur le marché du gaz».
Ueda a déclaré: «Il semble que l’Inde et le Pakistan se soient désormais habitués à la volatilité des prix», ajoutant qu’«ils restent très désireux d’acheter».
Martin Rats, analyste chez la banque américaine Morgan Stanley, a déclaré: «Nous avons vu le Pakistan et le Bangladesh acheter plusieurs cargaisons de gaz naturel liquéfié au prix de 25 dollars par million d’unités thermiques britanniques, ce que nous n’avions pas vu depuis 2022».
Des options limitées pour réduire la demande
Les pays en développement d’Asie ont réduit leur consommation de pétrole et de gaz au minimum depuis le déclenchement de la guerre en Iran, ce qui a limité leur capacité à réduire davantage la demande. Des économies asiatiques avancées, comme le Japon et la Corée du Sud, ont également accru leur recours au charbon pour produire de l’énergie. Leurs possibilités de se tourner vers d’autres sources que le pétrole et le gaz sont désormais limitées, ce qui laisse présager le maintien d’une forte demande asiatique de gaz naturel liquéfié au cours des prochains mois.
En Europe, les pays de l’Union européenne ont dans une large mesure maintenu les mesures prises depuis le déclenchement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine en 2022 pour limiter la consommation de gaz naturel et se tourner vers d’autres solutions, ce qui rend difficile une réduction de la demande par rapport à son niveau actuel. Anders Borsberg-Smith, chercheur au Boston Consulting Group, a qualifié d’«inévitable» la concurrence entre l’Europe et l’Asie pour les cargaisons disponibles.
Certains pays asiatiques se sont tournés vers la sécurisation d’approvisionnements de gaz naturel liquéfié à long terme afin de réduire leur besoin de rivaliser à l’avenir pour les cargaisons du marché spot. À l’inverse, certains acheteurs européens ont hésité à conclure des accords à long terme, par crainte d’un conflit avec les nouvelles règles de l’Union européenne qui obligent les importateurs à réduire leurs émissions de méthane. Des pressions sont exercées pour reporter l’application de ces règles, notamment par le président français Emmanuel Macron.
Alexandros Exarchou, président du groupe grec Aktor, qui a récemment signé un accord à long terme avec la société américaine Venture Global pour acheter du gaz naturel liquéfié, s’attend à ce que l’Union européenne revienne sur les règles relatives au méthane, dans un contexte de course à la sécurisation des approvisionnements pour l’hiver et de pressions inflationnistes liées à la forte hausse des prix de l’énergie.
La Norvège renforce son rôle dans l’approvisionnement de l’Europe
L’Union européenne accroît sa dépendance au gaz américain pour couvrir ses besoins, parallèlement aux négociations entre l’Europe et l’administration du président américain Donald Trump sur les droits de douane et les échanges commerciaux. Dans le même temps, le changement climatique a reculé dans la liste des priorités européennes, tandis que les sources d’énergie renouvelable sont également présentées comme un moyen de protéger les consommateurs contre les fortes hausses des prix des combustibles fossiles.
Alors que la demande européenne de gaz augmente et que l’Europe cherche à limiter sa dépendance aux approvisionnements américains, la Norvège apparaît comme un fournisseur majeur malgré son absence de l’Union européenne. Près d’un quart de la production de gaz norvégienne transite par l’installation de Kårstø, d’où une grande partie est acheminée vers l’Europe par des gazoducs reliant la Norvège à la Belgique, à la France et à l’Allemagne.
Equinor, qui exploite l’installation de Kårstø et est le premier producteur norvégien de pétrole et de gaz, a modifié sa stratégie alors que l’Europe se tournait de nouveau vers les énergies traditionnelles. Il y a 6 ans, le groupe avait annoncé un plan d’investissement dans les énergies renouvelables et de réduction à zéro des émissions de carbone d’ici au milieu du siècle. Mais cette année, il a abandonné son objectif dans les énergies renouvelables pour se concentrer sur l’extraction de gaz et de pétrole du plateau continental norvégien, face à la hausse de la demande.
Après la signature d’un contrat de fourniture de gaz d’une durée de 15 ans avec le groupe énergétique allemand Uniper, le directeur général d’Equinor, Anders Opedal, a déclaré que tous les clients européens de l’entreprise avaient une stratégie de transition, ajoutant: «Ils investissent dans les énergies renouvelables, mais ils concluent aussi des contrats de gaz à long terme».
Le ministre norvégien de l’Énergie, Terje Aasland, a déclaré que la stratégie de son pays consistait à être un fournisseur de pétrole et de gaz du marché européen à long terme, ajoutant: «Notre objectif ne repose pas sur des chiffres précis, mais sur l’atteinte du niveau de production le plus élevé possible».