Les prix des cargaisons de blé destinées à être livrées en octobre prochain ont augmenté de 25% par rapport à leurs niveaux d’avant la crise provoquée par l’engorgement des approvisionnements en céréales et la perturbation de leur acheminement via la mer Noire, ce qui alourdit le coût des importations et accentue les pressions sur la sécurité alimentaire et les budgets publics des pays arabes les plus dépendants des importations.
Cette hausse intervient alors que la guerre russo-ukrainienne et la guerre menée par les forces israéliennes et américaines contre l’Iran se poursuivent, sur fond de perturbations du transport et des chaînes d’approvisionnement. La mer Noire constitue un passage essentiel pour les cargaisons de produits agricoles dans le monde, tandis que la Russie et l’Ukraine représentent ensemble plus d’un quart du commerce mondial du blé.
Des besoins d’importation variables selon les pays arabes
Les pays arabes dépendent largement des importations pour satisfaire leurs besoins alimentaires, le blé figurant parmi leurs principales importations. La région importe près de 56% des calories qu’elle consomme sous forme de céréales, dont la majeure partie provient du blé, tandis que certains pays dépendent à 100% du blé importé pour satisfaire leurs besoins.
L’Égypte figure parmi les pays arabes les plus exposés aux pressions, en raison de sa dépendance aux importations de blé en provenance de la région de la mer Noire. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) prévoit que l’Égypte importera 13.5 millions de tonnes, soit une hausse d’environ 8% par rapport à la moyenne habituelle, malgré une production locale qui devrait atteindre un niveau historique de 10 millions de tonnes durant la campagne 2026/2027.
La FAO estime les besoins de l’Algérie en blé importé à environ 8.5 millions de tonnes, soit légèrement moins que la moyenne habituelle, et ceux du Royaume du Maroc à environ 5 millions de tonnes, en baisse de près de 15% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Les besoins de l’Arabie saoudite s’élèvent à environ 4 millions de tonnes, soit une hausse d’environ 3%, tandis que les prévisions pour l’Irak durant la campagne 2026/2027 font état d’importations d’environ 2.2 millions de tonnes, en baisse de près de 10% par rapport à la moyenne habituelle.
Un impact variable sur l’inflation et les budgets
L’économiste Slim Bessas a déclaré que la hausse des prix du blé pourrait faire augmenter l’inflation de 1% à 2% dans plusieurs économies arabes, en fonction de la structure des subventions et des politiques gouvernementales. La répercussion de la hausse sur les consommateurs reste relativement limitée dans les pays qui subventionnent le pain et les produits de base, comme l’Égypte, la Tunisie, l’Algérie et la Jordanie, les finances publiques absorbant une grande partie du choc.
Dans les pays qui n’accordent pas de subventions étendues, les prix mondiaux se répercutent plus rapidement sur les prix alimentaires et l’indice des prix à la consommation. Les conséquences s’aggravent lorsque la forte dépendance aux importations s’accompagne d’une faible capacité budgétaire à subventionner les denrées alimentaires et de réserves ou d’une production locale limitée.
L’universitaire et économiste Ahmed Zekrallah a expliqué que la hausse des prix alourdissait le coût des importations et exerçait une pression sur les prix de la farine, du pain et des produits alimentaires, tout en augmentant la facture des subventions et en pouvant creuser le déficit budgétaire. Il a ajouté que le pain était un produit de première nécessité dans les pays à faible revenu, ce qui pourrait pousser les ménages à réduire leurs dépenses d’éducation, de santé et de transport au profit de l’alimentation, plutôt que de diminuer leur consommation de blé.
Volatilité des marchés et outils d’atténuation
Selon Ahmed Zekrallah, une partie de la hausse est liée aux tensions géopolitiques et aux perturbations du commerce via la mer Noire. Il a toutefois souligné que les marchés du blé étaient devenus plus sensibles à toute perturbation de la production, du transport ou des exportations. La poursuite des conflits et les perturbations des routes maritimes pourraient maintenir les prix à des niveaux élevés et volatils, tandis qu’une amélioration des approvisionnements ou une réduction des risques géopolitiques pourrait contribuer à les faire baisser.
Bessas a déclaré que le scénario le plus probable consistait en un maintien des prix à des niveaux relativement élevés, avec des fluctuations périodiques liées aux récoltes, aux conditions climatiques et aux marchés financiers. En revanche, la persistance des déséquilibres de l’offre ou la hausse des prix de l’énergie et des engrais due à l’escalade des tensions dans les régions productrices d’énergie et de blé au Moyen-Orient et en Europe pourrait provoquer une nouvelle vague de pressions inflationnistes alimentaires dans la région arabe.
Mesures proposées pour atténuer l’impact de la hausse des prix
Utiliser les stocks stratégiques de blé pour faire face aux fluctuations mondiales à court terme.
Accroître les crédits consacrés aux subventions du blé et du pain afin de limiter la répercussion des hausses sur les prix locaux.
Réduire ou suspendre les droits de douane et les taxes sur les importations de céréales et de denrées alimentaires de base.
Diversifier les sources d’approvisionnement afin de réduire les risques liés à la dépendance envers un nombre limité de fournisseurs ou de régions géographiques.
Cibler les catégories les plus vulnérables au moyen de transferts monétaires directs lorsque ceux-ci sont plus efficaces que les subventions généralisées.
Soutenir la production locale et réduire la dépendance aux importations à long terme.
La capacité des gouvernements à contenir les conséquences dépendra de l’équilibre entre la protection du pouvoir d’achat et la soutenabilité des finances publiques, en particulier dans les pays qui dépendent largement des subventions des produits de base. L’impact du choc est également amplifié lorsque la hausse des prix du blé coïncide avec une augmentation des coûts de l’énergie et du transport ainsi qu’avec une dépréciation des monnaies locales.