L’indice STOXX Europe 600 a progressé de 8% depuis le début de l’année, contre 13% pour l’indice américain S&P 500, mais la hausse des rendements obligataires mondiaux a accru les incertitudes quant à la capacité des actions européennes à poursuivre leurs gains, dans un contexte de pressions inflationnistes et de renchérissement du coût de l’emprunt.
Les rendements obligataires pèsent sur les valorisations
Les calculs de Bloomberg montrent que la sensibilité de l’indice STOXX Europe 600 aux variations du taux de swap de l’euro à 10 ans a presque triplé cette année par rapport aux cinq années précédentes, après exclusion des mouvements hebdomadaires exceptionnels.
La hausse des rendements pourrait pousser les investisseurs vers les instruments à revenu fixe plutôt que vers les actions, tout en réduisant la valeur actuelle des bénéfices futurs des entreprises. L’impact dépend des raisons de cette progression: une hausse des bénéfices peut compenser les pressions si des rendements plus élevés s’accompagnent d’une croissance économique soutenue, tandis qu’une hausse alimentée par l’inflation accroît le coût de l’emprunt pour les entreprises et les consommateurs.
La croissance et l’inflation envoient des signaux contrastés
Les données d’Eurostat montrent que l’économie de la zone euro a progressé de 0.6% au deuxième trimestre par rapport au trimestre précédent, tandis que l’indice PMI composite préliminaire est passé à 53.1 points en septembre, contre 52 points en août. Une lecture supérieure à 50 points indique une expansion de l’activité économique.
En revanche, l’inflation annuelle dans la zone euro a atteint 3.2% en août, contre 2.9% en juillet, selon Eurostat. L’énergie à elle seule a contribué à hauteur de 1.29 point de pourcentage au taux d’inflation, dans un contexte de perturbation des marchés des carburants provoquée par la guerre avec l’Iran.
La Banque centrale européenne a relevé ses taux de 25 points de base ce mois-ci, portant le taux de rémunération des dépôts à 2.5%. La banque prévoit une inflation moyenne de 3% en 2026 et de 2.5% en 2027, en soulignant que ses prochaines décisions dépendront des données, sans engagement en faveur d’une trajectoire prédéfinie des taux.
Les pressions liées à la dette et à l’énergie s’accentuent
La situation des finances publiques ajoute de nouvelles pressions sur le marché. La Commission européenne prévoit que le déficit de la France restera à 5.1% du produit intérieur brut cette année et que la dette publique passera de 115.6% du PIB en 2025 à 118.1% en 2026. Elle s’attend également à une hausse des paiements d’intérêts, avec l’émission de nouvelles obligations assorties de rendements plus élevés.
L’énergie reste un facteur clé à l’approche de l’hiver, après que l’Agence internationale de l’énergie a mis en garde contre la persistance d’une pénurie d’approvisionnement pétrolier liée aux perturbations au Moyen-Orient. La Commission européenne a pour sa part reconnu que les stocks de gaz étaient inférieurs à leurs niveaux historiques, tout en confirmant que les approvisionnements étaient actuellement stables.
Les banques en profitent, tandis que les secteurs de la consommation font face à des risques
Les actions bancaires pourraient bénéficier de la hausse des rendements grâce à l’augmentation des revenus d’intérêts, tandis que les entreprises liées à l’activité économique pourraient profiter de l’amélioration de la croissance. En revanche, les secteurs de la distribution, de l’automobile et des produits de luxe font face à des pressions si la hausse des prix de l’énergie se poursuit et affaiblit les dépenses des ménages.
La capacité des actions européennes à poursuivre leur progression dépendra de l’évolution des bénéfices des entreprises. Sophie Huynh, gestionnaire de portefeuille chez BNP Paribas, a déclaré que la résilience des bénéfices avait jusqu’à présent aidé les actions à absorber la hausse des rendements, mais que le début d’une révision à la baisse des prévisions par les analystes pourrait modifier la tendance du marché.